Par un jour d’été.

   Ça a commencé un jour d’été. Une journée grise et chaude, une gueule de bois dans les dents. A deux doigts et trois douleurs gastriques d’annuler ce café en terrasse prévu depuis une semaine pourtant. Un café en terrasse qui, dans mon esprit, ne serait que le préambule courtois à une partie de baise, à coup sûr extrêmement mauvaise.  Vibration du téléphone, un message en attente, il est sur place et patiente. Un dernier coup d’œil dans la glace de la salle de bain, les litres d’alcools de la veille sont encore visibles, mais ce n’est pas grave je n’ai rendez-vous qu’avec lui.

   Tout est encore présent, gravé dans le marbre. De la lumière, trop blanche, de cette journée jusqu’à l’air méprisant et totalement contrôlé qu’il arbore derrière ses lunette de soleil. Une bise rapide, un regard de haut en bas. Le ton est donné. Les premières banalités fusent, le jeu des «  questions / réponses »  bat son plein. Soudainement, la phrase est lâchée. Une bombe, un tremblement de terre. Comment réagir lorsqu’une personne que vous rencontrez pour la première fois, vous regarde droit dans les yeux et dit, avec une certaine fierté : «  Je tiens à te dire que la première personne que j’aime, c’est moi et la première personne en qui j’ai confiance, c’est moi. » Certains auraient fuis, d’autre auraient criés à l’outrage. En ce qui me concerne, je suis tombé amoureux. Je suis tombé amoureux et j’ai dû me faire à l’idée que si histoire il y avait, trois personnes seraient présentes dans cette relation. Lui, son personnage et moi.

    Fulgurance des sentiments, passion véritable. La bulle d’amour se créait, tout va très vite. On ne parle plus d’une simple histoire mais d’une évidence. La vie prend une tournure différente, l’atmosphère au quotidien change, la lumière devient plus douce. Il n’y a aucun temps mort. Chaque minute, je dirais même chaque seconde passée avec lui correspondent à quelque chose de nouveau. La répétition n’existe pas, elle est interdite. Il n’y a jamais eu de promesse. Aucune promesse d’amour, aucune promesse d’avenir. Une chose a pourtant été jurée, celle de ne pas être comme «  les autres ». On s’y est attachée et on l’a fait, ou du moins on y a cru. Certainement parce qu’indépendamment  du « nous » on se pensait déjà différents, peut-être même supérieurs.

    Là où le bât blesse, c’est le jour ou la promesse faite est rompue. Lorsqu’une des deux personnes se rend compte que pour les autres, les sentiments peuvent aussi être fulgurants, qu’une bulle d’amour peut se créer, que eux aussi se pensent différents. Alors, le sentiment d’être unique s’annule et petit à petit ça oppresse, ça obnubile jusqu’à en devenir insupportable. Le monde autour redevient grand et on se dit qu’il y a beaucoup trop d’humains sur terre pour ne donner son amour qu’a une seule personne. Et qu’en est-il pour l’autre «  moitié » ? Celle qui voit la distance s’immiscer cruellement, la lumière redevenir froide ? Elle attend tout simplement.  «  Je sais que mon silence peut être pire que des mots » Il n’y a pas d’explications, pas de fin, juste le silence. Deux réactions différentes à une même situation et deux souffrances distinctes.

    C’est ainsi qu’une scène improbable se déroule. Deux personnes qui s’aiment se réunissent une nuit dans un appartement pour mettre fin à une histoire sans véritablement savoir pourquoi. Elles savent simplement que ça ne peut plus continuer, qu’il faut arrêter les frais

    A l’heure actuelle tout cela a été consommé, digéré. Mais pour moi ça s’arrête véritablement aujourd’hui. Nous n’avons pas de chanson, pas de photos, juste les souvenirs et c’est mieux ainsi. Je garde en mémoire Les belles choses, comme les moins belles. Je suis heureux de l’avoir aimé, lui, de l’aimer encore et de penser que je l’aimerais toujours. Le « beau » est derrière nous à présent.

  Ça a commencé un jour d’été et ça se fini une nuit d’hiver, simplement.